« L’aide n’a jamais développé un pays… », Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale

"Dans le cadre du lancement du rapport 2016 de la Banque mondiale sur l’évaluation des politiques et institutions (EPI), l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Afrique, Albert G. Zeufack, nous a accordé une interview, le 25 juillet 2017. Sans détours, il a répondu aux questions relatives à la situation économique du Burkina Faso et des Etats africains de façon générale. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il soutient que les institutions internationales n’ont jamais développé un pays, encore moins l’aide. « Par contre, ces institutions ont aidé les pays qui voulaient se développer à le faire », précise-t-il. Nos confrères de L’Economiste du Faso et de Jeune Afrique y étaient également."

Quelles sont les missions d’un économ« iste en chef de la Banque mondiale ? »

A.Z. : Le titre d’économiste en chef est assez spécial à la Banque mondiale. Nous avons près de 12000 staffs à travers le monde. Mais dans tout le groupe de la Banque mondiale, il y a moins de quinze personnes qui ont le titre d’économiste en chef. Il y en a un par région géographique et la banque a six régions géographiques. Il y en a aussi un par grand secteur d’activités : il y a un économiste en chef pour le développement soutenable, un économiste en chef pour le capital humain, un économiste en chef pour les institutions et la gouvernance. Ce sont les grandes thématiques. Ensuite, chaque institution du groupe de la Banque mondiale a un économiste en chef. La société financière internationale a son économiste en chef. Nous sommes tous coiffés par un économiste en chef pour toute la Banque mondiale.

Je suis un économiste en chef régional et mon travail consiste à faire deux choses. La première, c’est de produire des travaux analytiques de qualité, c’est-à-dire des études qui permettent d’en tirer des recommandations qui sont pertinentes pour la politique économique des pays de la région afin d’informer la conception de nos opérations pour que nos opérations soient bâties sur du solide mais aussi pour conseiller le vice-président et le directeur de la région. Ça c’est la première des choses que mon bureau fait : produire des rapports régionaux pour donner un contenu analytique à nos opérations.

La deuxième chose que l’on fait, c’est de disséminer le travail de connaissance qui est généré dans la région et donc de travailler avec les gouvernements, les institutions universitaires, les réseaux d’universitaires pour s’assurer que la connaissance produite par la Banque mondiale est mise à la disposition des autorités des politiques économiques mais aussi du grand public. Voilà pourquoi chaque fois que je visite un pays, je me fais le devoir de donner une conférence dans les universités pour échanger avec les étudiants par rapport aux méthodes, aux outils mais aussi, aux résultats que nous trouvons dans nos études pour voir en quoi cela peut être utile aux étudiants et aux enseignants.

Voilà les deux fonctions importantes que remplit le bureau de l’économiste en chef régional que je suis. Mais au-delà de tout ; l’économiste en chef est un conseiller. C’est le conseiller du vice-président de la région, c’est le conseiller du président de la Banque mondiale. Nous rencontrons le président de la Banque mondiale de façon régulière chaque fois qu’il a une question technique et analytique.

Ce n’est pas votre première visite au Burkina Faso. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé ou le plus déçu lors de votre visite précédente ?

A.Z : Ecoutez ; j’étais au Burkina il y a près de dix ans.Vous comprenez que quand j’ai visité le Burkina pour la première fois, Ouaga 2000 n’était pas vraiment fonctionnel et je crois que c’est expressément qu’on m’a réservé une chambre à Ouaga2000 pour que je découvre cette nouvelle ville et je pense qu’elle est assez impressionnante. Elle donne les allures d’une ville moderne, une ville qui a été planifiée où il n’y a pas d’habitats spontanés et des bidonvilles comme on le voit dans beaucoup de villes africaines. Je crois que le futur c’est justement de voir dans quelle mesure on peut amener nos pays à concevoir des cadres urbains plus fonctionnels, plus collectifs. Et la collectivité ce n’est pas seulement au niveau des infrastructures, c’est connecter l’homme au lieu du travail. C’est permettre une circulation de ressources qui optimisent le gap.

Nous avons fait un rapport régional sur l’urbanisation cette année qui parle non seulement de ces problèmes de concession, des problèmes de collectivités, mais surtout des problèmes de coûts parce que ces concessions font en fait que nos villes sont plus chères au niveau des revenus si on les compare aux autres pays du monde. C’est-à-dire qu’en fait, nos villes, plutôt que d’être le creuset de l’innovation, le creuset des emplois productifs, constituent un frein au secteur primaire. Je crois que ces questions d’urbanisations sont importantes et devront faire partie de toute logique de transformation structurelle de nos pays.

Vous êtes en visite au Burkina Faso dans le cadre du lancement du rapport 2016 de la Banque sur l’évaluation des politiques et des institutions (CIPA). Pourquoi justement classer la gouvernance et les institutions des Etats ?

A.Z : Vous savez, la Banque mondiale s’organise pour octroyer, surtout aux pays à faibles revenus, des financements pour leur développement. C’est-à-dire que le guichet IDA qui est le guichet de l’Association Internationale de Développement octroie des dons et des prêts à taux extrêmement subventionnés avec une durée de remboursement extrêmement longue qui permettent aux pays de financer leur développement. Si un pays veut, par exemple, financer une route, on sait que le retour ne va pas être immédiat. Si le pays veut financer la construction de ses écoles, de son système de santé, si le pays veut financer la construction d’un port ou un aéroport et qu’on a besoin de ressources longues et de ressources moins chères, ces ressources sont nécessaires. Et donc il nous faut un indicateur, un outil pour les allouer.

Pour allouer ces ressources, nous nous basons sur la performance des pays parcequ’on sait naturellement que si vous continuez à donner ces ressources aux pays qui ne les utilisent pas bien, vous n’êtes pas en train de faire œuvre utile. Il est important de voir les pays qui sont en train de mettre en place les types de politiques susceptibles d’entrainer une croissance portée, soutenue, des pays qui sont en train de mettre en place des politiques inclusives qui réduisent l’inégalité et la pauvreté dans le temps, des pays qui sont en train de mettre en place des reformes sur la gouvernance qui amènent une gestion transparente des ressources allouées. Voilà ce qui nous motive dans l’élaboration de l’EPI ou du CPIA.

Nous analysons la qualité des réformes, mais aussi la qualité des institutions, qui sont mises en place pour mettre en œuvre ces réformes. Si un pays dit, par exemple, qu’il combat la corruption, le fait de mettre en place une agence indépendante de lutte contre la corruption c’est un signe qu’il est sérieux. Mais si cette agence est mise en place mais qu’elle n’a aucun pouvoir, c’est aussi un signe qu’il n’est pas aussi sérieux que cela. Nous prenons tout cela en compte dans l’évaluation de la qualité des politiques, mais aussi des institutions pour attribuer des notations. Ce sont ces notes qui nous permettent de décider quel est le volume des fonds IDA qu’on donne à chacun des pays. Je peux vous dire que les fonds IDA ne sont pas seulement réservés aux pays africains. Il y a 77 pays IDA, les pays considérés à faible revenu et 39 sont en Afrique sub-saharienne. Donc nous devons avoir des critères stricts, des critères transparents d’allocation. Voilà pourquoi nous faisons le CPIA.

Il y a sans doute une corrélation entre ce rapport (CPIA) et l’aide que vous donnez aux Etats ?

A.Z : Tout à fait, la note IDA rentre dans la formule que nous utilisons pour décider l’allocation, l’enveloppe pays des fonds IDA. C’est extrêmement important pour les pays de comprendre cet outil et de travailler pour améliorer les politiques que nous retenons pour s’assurer que ces pays puissent engranger plus de ressources pour leur développement. Et c’est là où je vais mentionner le deuxième aspect de cette notation ‘’EPI’’que personnellement je voudrais renforcer ; c’est qu’au-delà du financement, au-delà de l’augmentation de l’enveloppe, la notation EPI est en fait un outil de conception et de suivi des politiques économiques pour un pays et même un outil de coordination parce que nous analysons quatre blocs de politiques qui regroupent l’ensemble des éléments que nous pensons essentiels au développement.

Le premier bloc, ce sont les politiques macro-économiques, le deuxième bloc, les politiques structurelles, le troisième bloc constitue les politiques d’inclusion sociale et le quatrième bloc, les politiques de gestion du secteur public et la gouvernance. Le Rwanda a le score le plus élevé en Afrique qui est de 4/6. Des pays comme le Rwanda ont mis en place des comités au niveau du gouvernement pour suivre la mise en œuvre des réformes pour chacun des piliers de l’EPI. Et en maintenant ces réformes dans le temps, ils arrivent à réaliser un score comme celui de 4. Le Burkina en est à 3,6/6 ce qui n’est pas mauvais mais en léger recul par rapport au score qu’il avait, il y a deux ans parce que l’an dernier déjà c’était 3,6 et le score n’a pas changé cette année. Il y a trois ans, le Burkina était à 3,8. Il y a eu tout ce que vous savez en termes de perturbations dans le système ici qui ont amené un recul dans la notation du CPIA. Et je crois que ce qui est important c’est que l’opportunité du lancement de ce rapport a été l’occasion de nous accorder avec le gouvernement notamment le Premier ministre sur la nécessité de travailler pour que le Burkina retrouve cette notation de 3,8 dans un horizon prochain.

Est-ce qu’aujourd’hui vous pensez que ce rapport suscite de l’engouement auprès des gouvernements comme c’est le cas pour le rapport‘’Doing business’’ ?

A.Z : C’est une question très pertinente parce que lorsque vous connaissez les indicateurs d’un business, ils sont réduits à 10 indicateurs seulement pour évaluer l’environnement des affaires. Ils contribuent à un seul pilier de l’« EPI ». En fait, ce qui m’a amené à vouloir renforcer cet aspect de l’EPI comme outil de coordination de politiques et de suivi, c’est en regardant l’exemple de ‘’Doing business’’ où les pays se sont mobilisés quand ils ont compris que c’était important pour améliorer l’environnement des affaires. Si on pouvait répliquer le même processus et le maintenir dans la durée pour l’EPI, alors cela entrainerait un impact plus grand sur la croissance parce que l’EPI est beaucoup plus compréhensive que le « Doing business ».

Et justement, comment faire pour amener le gouvernement à s’intéresser à l’EPI ?

A.Z : Ce qu’il faut faire, c’est ce que nous venons de faire au Burkina ; c’est en fait d’expliquer, de partager l’information, c’est discuter avec les gouvernements pour qu’ils en comprennent l’importance. Dans beaucoup de pays, les ministres de finances comprennent l’importance parce qu’ils savent que ça va affecter la dotation, l’enveloppe financière du pays.

Mais les autres ministres ne comprennent pas toujours et c’est ce qui est extrêmement utile quand nous faisons ce genre de lancement parce que là nous avons l’occasion de discuter avec au moins une demi-douzaine de ministres au Burkina y compris le Premier ministre Paul Kaba Thiéba qui a tout de suite vu l’importance de cet outil. Il a donné son accord d’ailleurs pour qu’il y ait la mise en place des comités de suivi. Voilà un peu comment nous travaillons avec les pays et je crois que le Burkina, comme toujours, est un pays très sérieux et nous avons pris l’habitude quand le Burkina dit qu’il va faire quelque chose que ce soit fait. Et nous espérons travailler avec le gouvernement pour s’assurer que ça soit mis en place.

L’actualité au Burkina est aussi dominée par cette question de dividende démographique. On a vu les parlementaires de la CEDEAO qui militent pour la limitation du nombre d’enfants à 3 par femme. Comment au niveau de la Banque mondiale vous appréhendez cette question ?

A.Z : Je crois que la question de démographie est importante. Et je ne pense pas qu’elle devrait être polémique. La question de la démographie est importante. Pourquoi ? Parce que nos études montrent que la démographie peut être un atout comme elle peut être un inconvénient. Et je pense qu’il est important de garder la tête froide et de regarder la question de façon factuelle. Plus de 50% de la population africaine a moins de 25 ans. N’est-ce pas ? Ce qui veut dire que le défi que cela pose aux populations pour créer des emplois est énorme. Mais si cette population est éduquée, si cette population est mieux outillée pour se créer son propre emploi, si l’environnement des affaires est propice au développement du secteur privé, cela peut devenir un atout.

Nous avons, à la Banque mondiale, fait un rapport sur la question du poids démographique et nous concluons que tout dépend des politiques qui sont mises en place. Ce qui est le plus important à mon avis, c’est de se demander quels sont les facteurs qui amènent à la baisse du taux de fécondité dans le temps puisque c’est la tendance pour tous les pays. Et ces facteurs on les connait. Le premier, c’est l’éducation des femmes. Plus les filles sont éduquées, moins elles auront des enfants et c’est un fait qui est établi. Le deuxième facteur, c’est la participation des femmes au marché de l’emploi. Et le troisième facteur, c’est l’urbanisation. Il n’est pas surprenant que les pays où le taux de fécondité est plus élevé soient ceux où la proportion des populations en zone rurale est la plus élevée ! Donc nous pensons que les économistes doivent rentrer dans ce débat pour apporter les faits pour que cela ne soit plus dans le règne du pugilat politique.

Le poids démographique peut être un atout si on a des économistes capables de transformer cette jeunesse en opportunité, en un pilier de développement. Pour la majorité de nos pays, c’est loin d’être le cas. Il est important donc que froidement nous envisagions des mesures pour nous permettre de façon saine d’arriver à des taux de fécondité qui supportent notre croissance.

Il faut que l’on mette les faits sur la table et que l’on cesse de donner des leçons à qui que ce soit. Il ne s’agit pas d’imposer des modes culturelles aux pays ou de penser au fait qu’il y a une supériorité ou une infériorité à un certain type de fécondité ou d’autres. Ramenons le problème à l’économie. Et je pense qu’il est important que l’on se pose cette question en tant qu’Africains. On n’a pas besoin que quelqu’un d’autre, quelqu’un d’ailleurs nous la pose. Si l’on pense à la croissance future, si on pense à réduire la pauvreté, si l’on pense à éradiquer la pauvreté dans notre pays, on ne peut pas ne pas discuter de la question de la démographie. Comment allons-nous transformer ce croît démographique en opportunité de croissance ? Comment allons-nous éduquer cette jeunesse ? Comment allons-nous l’équiper d’outils pour qu’elle soit capable de profiter de la révolution technologique qui est en train de s’accélérer et où on l’on constate une fois de plus que l’Afrique est en train d’être à la traîne.

La bande passante qui est aujourd’hui un fait de vie et qui est à l’origine de la croissance d’emplois dans beaucoup de pays y compris en Afrique est extrêmement faible et peu développée dans la majorité de nos pays. Nous devons mettre l’accent sur la création de ces infrastructures physiques et virtuelles qui sont et qui seront le moteur de la croissance future. Prenons les pays comme le Kenya, la révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) a généré tout un secteur nouveau de l’économie au Kenya. Avec la monnaie électronique, le taux de pénétration du téléphone est pratiquement de 99% aujourd’hui au Kenya.

Et avec ces téléphones, le taux d’accès au secteur financier a explosé. Il y a trente ans, il y a même dix ans, si vous en tant qu’Africains vous disiez à quelqu’un que le taux de pénétration du téléphone sera de 80% dans un pays africain avant 2020, on vous aurait ri au nez. Aujourd’hui, c’est le cas et les pays comme le Kenya ont même dépassé ce taux et l’ont fait à raison de trois choses : la première chose, c’est l’adoption de cette technologie qui a permis de contourner les obstacles par exemple les lignes fixes. Si on s’était accroché à construire des lignes fixes, on n’aurait pas pu faire cela. La deuxième chose, ce sont les bonnes politiques. Le secteur a été libéralisé au Kenya et ça a éliminé tous ces monopoles et ces sociétés d’Etat mal gérées qui devenaient un gouffre financier pour l’Etat. Le secteur a été ouvert pour permettre une concurrence accrue.

Le troisième facteur, c’est le secteur privé. L’influx du secteur privé dans les télécoms a été déterminant. Je crois que c’est important de se rendre compte qu’aucune économie aujourd’hui au monde ne peut se financer ou ne peut compter uniquement sur son secteur public. La croissance où qu’elle se passe est tirée par le secteur privé. Et il y a un rôle à jouer par l’Etat. Il est important de trouver un équilibre entre ce que l‘Etat peut faire pour corriger ces défaillances du marché et ce que le secteur privé peut apporter. Mais le rôle du secteur privé est dominant.

La Banque mondiale, c’est avant tout la lutte contre la pauvreté. Et on constate qu’on est entre 40 et 41% de pauvres en Afrique. Sont-ce ses politiques qui ne sont pas adaptées ou ce sont les ressources qui sont mal gérées ?

A.Z : Ecoutez, le rapport que le bureau d’économiste en chef a publié l’année dernière sur la pauvreté en Afrique montre qu’il y a eu en fait une baisse de la pauvreté en Afrique dans les 20 dernières années. Ce qui s’est passé par contre c’est que l’élasticité de la pauvreté à la croissance n’a pas été aussi forte qu’on l’aurait souhaité à savoir que lorsqu’on a eu des pays qui étaient en train de croître à un taux extrêmement élevé (7% par an par exemple), on a vu une réduction de la pauvreté de moins de 1% par an. C’est cette élasticité qui est le problème. Comment faire en sorte que la croissance soit plus inclusive. Et voilà pourquoi dans l’EPI, nous avons tout un bloc sur les politiques inclusives, les politiques d’inclusion sociale.

On ne peut pas dire que tout a échoué en Afrique, je ne suis pas d’accord. La pauvreté a diminué, elle n’a pas diminué aussi vite que nous l’aurions souhaité ou que le gouvernement aurait souhaité, mais elle a diminué. Ce qu’il faut, à mon avis, c’est de s’assurer que l’on revienne aux fondamentaux. Et les fondamentaux c’est que quand vous faites toutes les études économétriques, le déterminant principal de la réduction de la pauvreté, c’est un emploi productif.

De toutes les études économétriques que nous avons faites, avoir un emploi productif est la condition première pour réduire sinon éradiquer la pauvreté. Donc que faisons-nous en tant que pays pour créer l’environnement de création d’emplois productifs. La majorité de nos économies fonctionne dans l’informel. Qu’est-ce qu’il faudrait enlever comme barrière pour que ces micro-entrepreneurs connaissent une croissance de leurs entreprises et créent non seulement leurs propres emplois productifs mais créent également des emplois pour d’autres. Deuxième chose, que faisons-nous pour profiter de la révolution technologique, pour faire en sorte que des jeunes africains soient capables d’utiliser l’ordinateur, le téléphone pour créer leurs propres emplois ? Il y a un problème de données qui se pose.

Et l’une des initiatives que j’ai prises quand je suis devenu économiste en chef, c’est de mettre en place une plateforme virtuelle où nous sommes en train d’amasser des données qui permettront aux jeunes africains d’avoir des informations sur la demande de produits, ce qui pourra leur permettre de rédiger des ‘’business plan’’ (plans d’affaires). Ce site internet sera ouvert avant la fin de cette année et ça permettra aux jeunes africains qui ont accès à l’internet d’aller télécharger ses informations et nous allons d’ailleurs lancer une compétition pour ces jeunes qui peuvent écrire des programmes informatiques pour convertir ces données en draft de business plan pour pouvoir accroitre les capacités des jeunes à créer leurs propres emplois.

J’aime à le dire, les institutions internationales n’ont jamais développé un pays, l’aide n’a jamais développé un pays ; par contre ces institutions ont aidé les pays qui voulaient se développer à le faire.

Un pays comme le Burkina essentiellement agricole, ça fait longtemps qu’on a injecté beaucoup d’argent, mais on a l’impression qu’on tourne en rond. On n’arrive pas à sortir du cas de la production pour créer des chaines de valeur ? Comment la Banque mondiale peut intervenir ou interviendra pour créer justement ce débit parce que les liaisons entre les chaines de valeur sont difficilement établies dans nos pays ?

A.Z : Excellente question ! Je crois que le problème que vous posez est grave : celui de l’agriculture africaine. Et une fois de plus, mon bureau a terminé un rapport sur les dépenses publiques sur l’agriculture en Afrique cette année. Alors, ce rapport déjà dit une chose ; c’est que depuis plus de 20 ans, la productivité du secteur agricole en Afrique n’a pas augmenté. On a augmenté la production en Afrique en accroissant les surfaces cultivées. On n’a pas augmenté notre productivité. L’Afrique est le seul continent au monde où la productivité agricole n’a pas augmenté, le rendement si vous voulez. La production par unité de surface n’a pas augmenté depuis les 20 dernières années. Et nous pensons que c’est dû à trois choses. La première, c’est que l’Afrique est le seul continent où la mécanisation agricole n’a pas encore été généralisée.

La deuxième chose, c’est que l’Afrique est le seul continent au monde où l’irrigation n’a pas encore pris pied. Et la troisième raison, c’est que les politiques de dépenses publiques dans le secteur agricole n’ont pas toujours été appropriées. Plus de 70% des dépenses publiques d’agriculture en Afrique vont dans les subventions agricoles plutôt que dans l’investissement sur les équipements ou les pistes rurales ou la connexion des hommes ruraux au marché. Il y a un problème de politiques appropriées pour permettre à l’agriculture africaine d’être plus productive.

La Côte d’Ivoire, locomotive de l’UEMOA est traversée par un cycle de mutineries qui inquiètent un peu la communauté des bailleurs et du développement. Alors, comment vous suivez l’évolution de l’actualité politique et surtout sécuritaire dans ce pays qui, si elle s’éternise, va enrhumer les pays de la sous-région ?

A.Z : Nous pensons que les problèmes de sécurité sont préoccupants. Et d’ailleurs, c’est l’un des risques que nous voyons dans nos projections de croissance pour l’Afrique pour l’année 2017. Nous projetons une croissance d’à peu près 2,5% pour 2017 mais si ces risques d’insécurité continuent de se matérialiser, il n’est pas impossible que ce chiffre soit inférieur parce que justement l‘insécurité, le terrorisme dans le sahel, vous le savez, n’affectent pas seulement l’Afrique de l’Ouest.

La conséquence c’est que ce terrorisme, cette instabilité détournent une bonne partie des ressources publiques déjà rares qui auraient dû être consacrées aux dépenses de développement. Il est important de se dire que la sécurité fait partie de ce qu’il faut comme préconditions du développement.