JOURNEE MONDIALE DE L’ENSEIGNANT 2019 : Message de la coordination nationale des syndicats de l’éducation

"Indiscutablement mesdames et messieurs les Ministres, Il serait irréaliste de ne pas admettre que notre école est en crise et"

Indiscutablement mesdames et messieurs les Ministres,
Il serait irréaliste de ne pas admettre que notre école est en crise et cela impacte négativement les conditions de vie et de travail des personnels mais aussi des apprenants. L’illustration la plus évidente de cette crise est la mobilisation historique des personnels dans une lutte à travers notre coordination d’octobre 2017 à mai 2019 et l’impossibilité de milliers d’écoles à fonctionner depuis au moins deux ans du fait de l’insécurité dans plusieurs régions du pays. Nous osons toucher du bois que pour l’année académique et scolaire qui vient à peine de démarrer, avec des mouvements d’humeur sectoriels, des mesures adéquates seront prises, afin qu’elle connaisse un déroulement meilleur que les deux précédentes.

La recommandation OIT/UNESCO de 1966 stipule que « le travail de l’enseignant est si spécial et si utile qu’il devrait être organisé et facilité de manière à éviter toute perte de temps et d’efforts ». Celle de 1997 renchérit que « pour répondre à ce besoin, les autorités compétentes devraient rendre cette formation suffisamment attrayante et assurer un nombre suffisant de places dans les établissements appropriés ». Ces recommandations, qui ont consacré l’institution d’une journée mondiale de l’enseignant depuis 1994 et auxquelles le Burkina Faso a souscrites, peinent à être traduites en réalités concrètes.
Ainsi, au niveau des infrastructures, il n’est un secret pour personne qu’il en manque énormément. Cela se traduit par des classes sous abris précaires, des tourments pour les parents d’élèves de trouver de la place pour leurs enfants à scolariser. Une telle situation rend inopérante les article 4 et 6 de la loi d’orientation de l’éducation de 2007qui stipulent que l’école est obligatoire « pour tous les enfants de 6 ans à 16 ans » et qu’elle est gratuite pour cette tranche d’âge. Cela, indéniablement, renforce l’option de privatisation accélérée de l’éducation dans le cadre du système libéral en application dans notre pays et faisant de l’école une entreprise de commercialisation. Outre le fait que la gratuité et l’obligation scolaire ci-dessus évoquées ne soient pas encore une réalité, nombre de sous-secteurs de l’éducation sont caractérisés par le trop fort développement du privé. Tel est le cas en exemple du préscolaire, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et de l’université pour lesquels, on note respectivement 154 établissements publics contre 737 privés et 158 appartenant aux communes, 27 établissements publics contre 123 privés selon les données du Rapport de suivi du PDSEB de 2018 et 59 établissements privés du supérieur sur un total de 86. La conséquence de cette situation, est le fait que 51% des enfants en âge d’aller à l’école soit hors du circuit scolaire et les effectifs pléthoriques aussi bien dans les salles de classes que dans les amphis théâtres. Or « les effectifs des classes devraient être de nature à permettre à l’enseignant de donner à chacun de ses élèves une attention particulière ».

En ce qui concerne les conditions de vie des personnels mais aussi des apprenants, elles sont des plus difficiles. Dans ce registre, il faut rappeler le faible pouvoir d’achat des travailleurs, la non application de la convention collective de l’enseignement privé laïc dans la plupart des établissements, l’insuffisance des bourses aussi bien au secondaire qu’à l’université, le manque de statut pour de nombreux travailleurs, le fonctionnement chaotique des cantines scolaires et le nombre limité de plats servis dans les restaurants universitaires, etc. C’est cette situation qui a conduit aux luttes historiques menées sous l’égide de notre coordination d’octobre 2017 à mai 2019 et qui se sont soldées par la signature d’un protocole d’accord avec le gouvernement en janvier 2018 et l’élaboration d’un projet de statut valorisant en mai 2019. Si ledit protocole a suscité un grand espoir chez les personnels, convaincus qu’il posait les bases d’une amélioration de leurs conditions de vie et de travail, il convient de constater que les tergiversations dans son application sont source de tension et créent le sentiment que les autorités n’ont pas une volonté réelle de respecter les engagements pris. A titre illustratif, le dossier des personnels des ex garderies populaires, le trousseau pédagogique, la deuxième tranche des indemnités harmonisées et de logement, la dotation des établissements en ressources de fonctionnement, etc. sont des engagements non encore exécutés. De même, les engagements portant sur la correction financière de la première tranche des indemnités, la bonification d’échelon, la disponibilité des manuels scolaires, la dotation conséquente des écoles en cantine sur des périodes bien définies, le statut valorisant, etc. s’ils ont connu un début d’exécution, ne sont pas encore vidés. Le gouvernement doit comprendre que son attitude de dilatoire a suffisamment montré ses limites. Il convient plutôt pour lui de respecter ses engagements convenablement et dans les meilleurs délais.
Le thème de la JME pose bien la problématique des personnels de l’éducation. Il est un secret de polichinelle de dire qu’il en manque pour notre système éducatif et que leur formation suffisamment réglée. Ce manque, aux dernières révélations des autorités du MENAPLN est à ce jour d’environ 5000 pour le primaire et 7000 pour le post-primaire et secondaire. De même, l’on enregistre le retour de personnels sans formation initiale dans notre système éducatif depuis quelques années. Ils sont ainsi des milliers affectés dans les classes, notamment au post-primaire et secondaire, sans formation initiale adéquate. Dans le privé, la formation du personnel est presqu’une notion inconnue. Pourtant, la recommandation de 1997 le rappelle si bien « pour entrer dans la profession enseignante, il faudrait avoir achever les études prescrites dans un établissement approprié de formation ».
A ces conditions difficiles, s’ajoutent à cette rentrée, la problématique de la question sécuritaire et l’opération d’affectations dites spéciales. En effet, du fait des attaques de groupes armés, l’institution éducative est touchée de plein fouet. Outre les pertes en vie humaine, les traumatismes physiques et psychologiques, de nombreuses écoles sont fermées dans plusieurs localités du pays. A ce jour, ce sont plus de 2000 écoles qui ont vu leurs portes closes et/ou leurs infrastructures détruites. Des milliers d’élèves sont en errance, privés de leur droit à l’éducation et exposés au risque d’endoctrinement par les groupes terroristes en vue de renforcer leur nombre. L’incapacité des autorités à venir à bout de ce phénomène ne rassure point quant aux possibilités de lui trouver des solutions. Plutôt que trouver les réponses convenables à cette situation, les autorités en charge de l’éducation se sont engagées dans une opération d’affectations dites spéciales des personnels à cette rentrée entachées d’insuffisances liées entre autres à la non prise en compte des conditions réelles des établissements et des personnels, des critères rappelés par la CNSE et qui auraient donné un caractère d’objectivité audit processus. La CNSE s’interroge également et exprime sa désapprobation quant à la non organisation des concours directs d’entrée dans les ENEP et ceux professionnels des encadreurs pédagogiques notamment du primaire, du post-primaire et secondaire.
Comme on peut le constater, l’horizon est chargé de nuages à cette rentrée et à cette commémoration de La JME 2019,

l’organisation de la présente marche, suivie d’un meeting que les travailleurs de l’éducation et de la recherche exécutent en ce moment sur l’ensemble du territoire national en est un signe. Il appartient particulièrement au gouvernement de créer les conditions de leur dissipation. A cet effet, elles doivent urgemment prendre toutes les dispositions appropriées pour :
• le respect strict des engagements pris et leur application dans les délais convenus ;
• la prise de mesures pour assurer la sécurité dans l’ensemble des localités du pays afin de permettre un fonctionnement de toutes les écoles ;
• la prise en compte dans le processus d’affectation des critères définis par la CNSE en lien avec le respect des normes, la description des postes de travail, la non séparation des couples, etc.
La Coordination nationale des syndicats de l’éducation œuvre pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs de l’éducation et de la recherche. Elle ne ménagera de ce fait aucun effort dans l’accomplissement de cette mission.

Vive la Journée Mondiale de l’Enseignant !
En avant pour une fonction enseignante plus valorisée !
Vive la CNSE !
Seule la lutte paie !

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