CONFERENCE DE PRESSE DU CHEF DE FILE DE L’OPPOSITION (Ouagadougou, le 03 juillet 2018)

"Lecture de Zéphirin Diabré sur la situation nationale ! Mesdames et Messieurs les journalistes ! Bienvenue à cette conférence de presse portant sur la situation nationale. Au préalable, je voudrais vous remercier pour l’accompagnement constant que vous ne cessez d’apporter à l’Opposition politique, dans ses efforts de dialogue avec l’ensemble des burkinabé. Grace à votre participation dynamique, le point de presse du CFOP est devenu un événement médiatique majeur que le Gouvernement et la majorité ont maladroitement tenté de copier."

Mesdames et messieurs,

Le 24 juin dernier, le Président du Faso dressait son bilan à travers une série d’interview dans les médias. C’est à cette sortie médiatique que je voudrais réagir, en ma qualité de Chef de file de l’Opposition politique, en donnant ma lecture et celle de l’opposition, de ce bilan à mi-mandat du Président en exercice

L’examen de deux ans de la vie d’un pays comme le Burkina Faso d’aujourd’hui, le temps d’une conférence de presse, est un exercice difficile. Pourquoi nos propos porteront sur les tendances de cette période. En temps opportun, l’Opposition reviendra sur ce bilan , dans une forme plus élaborée et plus analytique.
Mesdames et Messieurs,
A travers ce bilan du PF, les masses laborieuses de notre pays s’attendaient,à un véritable diagnostic de la situation nationale, à un récapitulatif des actions posées, et à une orientation claire de la part du premier des Burkinabè. Au lieu de cela, la sortie, qui semblait improvisée et impréparée, a donné lieu à du déjà vu.
Au-delà de tout ce qui a été dit pendant cette sortie médiatique, il apparait finalement que cette interview n’aura été qu’une tribune pour Monsieur Roch Marc Christian KAORE d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2020.
Qu’est-ce qui peut pousser un Chef d’Etat en exercice, à mi-mandat, à annoncer avec précipitation sa candidature à sa propre réélection ? La seule hypothèse possible, c’est qu’ craint que son camp ne lui préfère quelqu’un d’autre ! C’est donc pour éviter l’émergence d’un candidat de rechange que le Chef d’Etat a anticipé son annonce.
Dans tous les cas pour l’opposition, comme nous l’avons déjà annoncé, le Burkina Faso n’est plus dirigé par un Président au dessus de la mêlée, mais par une Président-candidat qui est entré en campagne. Désormais, nous allons le traiter comme tel !
Mesdames et messieurs,

A l’entame de leur règne, c’est à grand frais de publicité que les autorités ont annoncé au sortir de conférence internationale sur le financement du plan national de développement économique et social (PNDES), tenu à Paris. Les intentions de financement s’établissaient à 18.000 milliards de FCFA. Depuis ce succès apparent, le Gouvernement s’est laissé bercer d’illusions alors que les intentions sont une chose et la mobilisation effective de ces ressources, une autre.
Où sont passés ces 18 mille milliards de ce PNDES pour la santé, l’éducation, l’emploi de la jeunesse, le commerce, l’élevage, l’agriculture de nos braves et laborieux paysans, les bourses des scolaires et étudiants, etc. ? Quand le MPP somme tous les Maires de comptabiliser toute réalisation sur leur territoire au compte du PNDES, point n’est besoin de démontrer que le programme politique, économique et social est une arnaque du peuple.
L’opposition politique, à travers ses deux mémorandums sur les 100 jours et sur l’an I du pouvoir en place, avait jugé largement insuffisants les efforts consentis par le nouveau pouvoir et son équipe, pour satisfaire ces conditions. En son temps, elle lui avait lancé un appel à plus de détermination. Elle avait notamment attiré son attention sur le fait que les camarades MPP qu’il nommait aux postes stratégiques n’étaient pas assez compétents pour rédiger les projets que les bailleurs de fonds du PNDES attendaient. Aujourd’hui, le sentiment est unanime que les choses ne bougent véritablement pas. Au contraire, le pouvoir ne fait que s’enliser malgré sa prétendue expérience.
Une situation politique et sécuritaire dégradée, une situation économique caractérisée par la morosité, une situation administrative prise en otage par l’incivisme et la corruption, une situation sociale gagnée par la grogne , voilà ce qui caractérise le BF sous le règne du MPP.
Elle a en toile de fond ce constat désolant qui s’impose à tous : ceux qui nous gouvernent aujourd’hui ont royalement trahi les aspirations qui les ont portés au pouvoir.
I.LA GOUVERNANCE POLITIQUE
L’Etat burkinabè est en train de disparaitre ! Diriger un pays c’est prendre des décisions quand il le faut. Malheureusement, nous avons un Gouvernement poltron qui refuse de s’assumer. De l’économie au social, la pagaille ne fait que s’enraciner irrémédiablement dans la mentalité collective. Notre Etat et notre nation sont en train d’être submergés par l’incivisme et autres mauvais comportements de masse. Cet avis est de plus en plus transcendant au sein même du MPP où certains caciques, face à la déconfiture, ne peuvent plus se taire. Le Professeur Etienne Traoré, membre éminent de la majorité, dit vertement que le Président-candidat tourne en rond.
Evoquant la question lors de son entretien, le Président-candidat a dit que celui qui pense que l’Etat n’a pas d’autorité, il n’a qu’a essayer et il va voir. Nous penons que le Président-candidat a une mauvaise compréhension de la question. L’autorité de l’Etat, ce n’est pas l’autoritarisme . Quand on vole allégrement les deniers publics, c’est que l’Etat n’a plus d’autorité. Quand un chef d’Etat à qui l’on a révélé que ses collaborateurs ont monnayé des rendez vous avec lui, et qu’il se contente de dire qu’il les a grondés, c’est que l’Etat n’a plus d’autorité. Quand l’impunité protège les puissants et fait croupir en prison les voleurs de poussins, c’est que l’Etat lui-même favorise l’incivisme.
Savoir diriger, dit-on, c’est savoir s’entourer. Les nominations d’un chef d’Etat sont une indication précieuse de comment il conçoit son rôle et de sur où il veut amener son pays. Notre Président-candidat est très mal entouré. A la faveur de la prise du pouvoir, des pseudos conseillers et des partisans de piètre qualité ont investi les allées de Kossyam au détriment des cadres compétents et sérieux qui ont fait le sucés du MPP. L’image donnée par certains d’entre eux n’honore pas notre pays. Comment s’étonner que coachés par des gens sans expérience aucune qui ne peuvent pas se conseiller eux-mêmes, le Burkina Faso soit devenu un pays piloté à vue, qui demeure dans une insécurité grandissante, une économie en panne, un chômage endémique des jeunes et des femmes, avec le retour à grande enjambées de la corruption, la politisation de l’administration, et la persistance des difficultés d’accès aux services de base.

L’incompétence est devenue en deux ans la vertu la plus récompensée au Burkina. Pendant que des cadres et autres employés compétents se tournent les pouces dans nos services publics, la carte de membre du parti au pouvoir est devenue le parchemin de qualité pour les hautes fonctions ou tout simplement pour être considéré comme appartenant aux services publics de l’Etat. C’est là que le pouvoir MPP excelle plus que tout autre dans l’histoire de notre pays : l’appartenance politique devenant la garantie de la promotion professionnelle et économique.
Lorsque le MPP a pris le pouvoir en 2016, ils étaient nombreux les Burkinabé à espérer que notre démocratie fonctionnerait autrement.
La déception a été rapide et foudroyante :
– La séparation des pouvoirs est devenue un leurre. L’Exécutif contrôle le Judicaire et Kossyam impose aux députés MPP aussi bien les nominations à l’assemblée nationale que le contenu des débats. L’Assemblée nationale quant à elle ne manque pas une occasion pour verser dans des actions populistes relevant de la responsabilité de l’Exécutif
– Le respect de l’institution parlementaire a disparu. Les ministres font ce qu’ils veulent des convocations de l’Assemblée et le gouvernement change l’ordre du jour des débats à sa guise et envoie les documents aux députés souvent la veille de leur examen.
– Le jeu malsain d’immixtion dans la vie des partis politiques a repris de plus belle. La corruption politique est de retour et l’argent et les promesses de postes sont la monnaie permettant d’acheter les traitres bon marché.
Mesdames et Messieurs,

Depuis l’avènement du pouvoir MPP, notre pays est devenu un pays quelconque sur la scène internationale. Minées de l’intérieur par la grogne des agents du Ministère et de l’extérieur par l’approximation dans la gestion des dossiers mêmes des plus élémentaires, les affaires internationales du Burkina Faso s’enferment dans une diplomatie sans relief, taciturne, honteuse qui ternit l’image jadis enviée de notre pays.
La qualité et la qualification du personnel de notre diplomatie est aux antipodes de son utilisation et de sa rentabilité au regard des défis actuels de la politique étrangère de notre pays.
En deux ans et demi de gouvernance du Président-candidat, aucune Conférence des Ambassadeurs, haute instance de la diplomatie de notre pays ne s’est jamais réunie. Nos diplomates jouent aux charlatans sur la vision et les grands changements prédits par le plan national de développement économique et social (PNDES), nouveau référentiel de la transformation structurelle de l’économie burkinabè.
Que dire de la dernière illustration du président-candidat sur la scène internationale à l’occasion de la visite en fin novembre 2017 du Président Français, Emmanuel MACRON?
À l’université de Ouagadougou, le Président-candidat n’a eu aucun mot pour les étudiants. Quelle était sa vision (censée représenter celle de tout le continent africain), en réponse à la proposition de MACRON sur un « new deal » entre la France et l’Afrique? Quelles parties des idées du président français partageait-il et quelles autres récusait-il ? Quelle était la vision sinon celle de l’Afrique, au moins celle du Burkina? On pourra multiplier les questions à souhait. Elles resteront malheureusement sans réponse.
À l’issue de cette visite officielle, le Président-candidat a relégué notre pays à un rôle dévalorisant de faire-valoir et donner de lui l’image d’une nation qui forme mal ses futures élites.
Mesdames et Messieurs,
Les Etats généraux de la justice tenus en 2015 et le Pacte pour le renouveau de la justice qui en est issu, ouvraient de bonnes perspectives d’un redressement véritable du système judiciaire burkinabè. Mais les bonnes résolutions ne valent que si elles sont scrupuleusement respectées, d’abord par l’Exécutif, garant de l’indépendance de la justice et par les magistrats eux-mêmes. Or, le sentiment général des Burkinabè est qu’il existe une instrumentalisation à peine déguisé de la Justice par le Pouvoir actuel.
Le déroulement de l’instruction et du procès du coup d’Etat de Septembre 2015, a révélé que nos dirigeants se livrent à un véritable tripatouillage juridique, dans lequel la justice est devenue un instrument soit de chantage, soit de règlement de comptes. Sur ce dossier comme sur tous les autres ; l’opposition veut un procès juste et équitable qui débouche sur la vérité, toute la vérité et sur la justice juste.
Nos libertés sont en danger ! En effet, selon des investigations menées entre mai et octobre 2017 par l’Observatoire pour la Démocratie et les Droits de l’Homme, la gouvernance du MPP est truffée de manquements au niveau des libertés d’expression et de la presse, des libertés publiques et démocratiques et de détentions arbitraires.
S’agissant des violations des libertés publiques et démocratiques, l’on note «l’interdiction à deux reprises par la Mairie de Ouagadougou, d’un meeting d’une Organisation de la Société Civile, l’interdiction par cette même Mairie de Ouagadougou, d’une manifestation publique des ressortissants étrangers en soutien à la contestation de l’opposition dans leur pays». L’on notera également la tentative d’interdire les sit-in et la répression qui a suivi certains piquets de grèves de syndicalistes. C’est une tentative de musèlement des libertés publiques, un retour des vieux démons, des ingénieurs-concepteurs des zones rouges anti-manifestations publiques à Ouagadougou. On ne devient pas un vrai démocrate du jour au lendemain.

Notre pays excelle maintenant dans les détentions arbitraires à caractère ouvertement politique. La plus emblématique de ces détentions arbitraires, c’est sans doute la mise en résidence surveillée du général Djibril BASSOLET. Détenu malgré l’avis du Comité d’experts de l’ONU et malgré le recours infructueux du Ministre de la Justice contre cet avis, Djibril Bassolet se voit refuser le droit aux soins, tout simplement parce qu’il est un candidat potentiellement dangereux à l’élection présidentielle de 2020.
A celle là, on peut ajouter la détention récente du blogueur Naim Touré, qui paye sans doute la nouvelle résolution du « celui qui essaye il va voir » doublée d’un règlement de compte par procuration de la vielle querelle idéologique qui a déchiré le mouvement étudiant il ya 40 ans.
Notre justice peine à convaincre qu’elle est indépendante, compétente, sérieuse et incorruptible. Le dossier d’enquête ayant conduit à l’indexation et à la sanction de plusieurs magistrats révèle cette situation qui ne l’honore guère. Là encore, l’on note que le Président du Faso a tenté d’empêcher le conseil de discipline de poursuivre son travail.
Mesdames et Messieurs,
Sur le plan sécuritaire, Le Burkina Faso subi, depuis l’arrivée au pouvoir du MPP, une série d’attaques terroristes qui ont coûté de nombreuses vies humaines et ralenti la reprise économique. Au-delà des deux attaques les plus marquantes (Restaurant CAPUCINO du 15 janvier 2016, Café Aziz Istambul du 13 Aout 2017) faisant à elles seules 52 morts, et l’attaque de l’Etat-major de l’armée (02 mars 2018) qui a fait 08 morts, il faut relever que la partie nord du pays vit sous menace terroriste persistante mettant à nu l’incapacité des pouvoirs publics à assurer la protection des populations de cette partie du territoire, installée depuis dans une psychose permanente. Une partie des élèves de cette région n’a toujours pas composé les examens de fin d’année.
Bien évidemment, les dégâts socioéconomiques sont énormes. Il est donc impérieux non seulement de donner les moyens nécessaires aux forces de l’ordre pour assurer la sécurité des personnes et des biens, mais aussi d’élaborer une politique cohérente de la défense du territoire national.
Malgré des efforts récents, le Burkina Faso demeure confronté à des défis sécuritaires majeurs.Tous les diplomates et autres experts internationaux disent aujourd’hui que dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, il ya deux ventres mous : le Burkina et le Mali. Nous devons le fait d’être tombés si bas à 5 défaillances fondamentales :

(i) L’absence de vision : il est vrai, il s’est tenu à Ouagadougou du 24 au 26 octobre 2017, un forum national sur la sécurité dont l’objectif était de faire l’état des lieux et des études approfondies et crédibles sur la sécurité nationale. Mais, la problématique de la sécurité est une question devenue trop sérieuse au regard de l’ampleur croissante des statistiques macabres pour être discutée avec pertinence dans le cadre d’une simple foire. Il y a aujourd’hui urgence à élaborer une véritable stratégie nationale de sécurité.
(ii) Le manque de compétence : disons le tout net, le ministères de la Sécurité et celui de la Défense doivent être gérés pas des compétences avérées. Ce n’est pas le cas !
(iii) L’information : Les frontières du Burkina sont des frontières très poreuses, les risques d’infiltration des forces du mal sont très élevés. Mais, l’Agence nationale de renseignement (ANR) créée depuis mars 2016 et dont la principale mission est de produire des renseignements sur les menaces éventuelles sur le pays, se met en place encore timidement.
(iv) Les moyens : On peut se féliciter de l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi de programmation de la défense protégeant et rendant annuellement disponibles les allocations aux forces armées. Mais sur le terrain, le déficit est toujours là, les équipements font défaut et la motivation ne suit pas.
(v) La mise en œuvre d’une approche régionale pertinente : il faut saluer l’avènement duG5 Sahel en février 2014 en tant cadre institutionnel de coordination des différentes initiatives nationales en matière de sécurité. Mais au-delà de la question de financement qui doit d’abord interpeller les différents pouvoirs nationaux, le vrai problème qui demeure est l’opérationnalisation de l’Institution car les populations attendent des actions concrètes.
Que nous réserve l’avenir sur cette question vitale du terrorisme ? S’il faut en croire les experts internationaux, nous ne sommes pas au bout de nos peines. En raison de la présence des deux ventres mous évoques plus haut, ces experts prédisent un enlisement, et en viennent à comparer notre zone à l’Afganistan des talibans.
Mesdames et messieurs,
Le Burkina Faso sort d’une crise sociopolitique qui a sapé les fondements de la société. En pareil cas, la réconciliation doit être le préalable du processus de la refondation nationale et cela est du rôle et du devoir des tenants du pouvoir. Rien n’indique qu’ils en prennent le chemin. La volonté politique pour aller à la réconciliation n’existe pas au MPP. Au contraire, c’est un pouvoir qui se montre plus enclin à diviser les burkinabè qu’à reconstruire le tissu de la cohésion nationale.
A l’occasion de la récente crise sociale, on a vu comment ce pouvoir excelle dans l’art de diviser les burkinabé et à opposer les catégories sociales les unes contre les autres.

II.LA GOUVERNANCE ADMINISTRATIVE
Une administration responsable et transparente, fondée sur des valeurs d’intégrité et de probité, un sens élevé du service public, la compétence et le mérite, doit être le souci premier de tout gouvernant qui cherche à créer les conditions d’un développement durable de son pays. C’est bien dans cette dynamique qu’a été adopté en juillet 2011, le Plan stratégique décennal de modernisation de l’administration (PSDMA) dont la finalité était de promouvoir une administration publique moderne susceptible de produire des biens et services de qualité. En juillet 2013, le Gouvernement a élaboré un code d’éthique, qui met l’accent sur l’obligation de rendre compte et la transparence.
Aujourd’hui, c’est comme si le MPP et ses alliés ignoraient l’existence de tels instruments. L’administration burkinabè va mal et a fortement perdu en qualité : l’emploi public répond à un besoin de survie. Outre ce recul remarquable, l’administration se caractérise par l’affairisme et l’absentéisme, le clientélisme et les nominations de complaisance (les récompenses politiques et familiales) alors même qu’elle est le bras ouvrier du processus de développement durable du pays.
De 2016 à nos jours, il n’y a pas ce secteur administratif qui n’a pas connu de remous ; même le secteur de la sécurité publique et des collectivités territoriales n’ont pas été épargnées. La seule année 2017 a enregistré un record jamais égalé de grèves et sit-in : 233 jours non travaillés tous syndicats confondus. Une telle situation qui se radicalise cette année, appelle un certain sursaut.
En 2010, Face à de nombreux griefs formulés par des citoyens contre des actes patents de politisation de l’administration publique burkinabè, Il avait été créé auprès du Premier Ministère, un comité interministériel chargé de la sélection des candidats au poste de Directeur général des Etablissements publics de l’Etat (EPE), des Sociétés d’Etat, des Sociétés d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat et toute autre structure assimilée. Les sociétés d’ordre stratégiques (SONABEL, ONEA, LONAB, SONABHY) et des structures telles que FASO BAARA, CAMEG et l’hôpital Blaise COMPAORE n’étaient soumises à cette procédure du fait de leur caractère et de la nature des conventions et accords de projet.
Autrement dit, tous les directeurs généraux des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) et de tous les Centres Hospitaliers Régionaux(CHR) ont été recrutés selon cette procédure. Il en est de même des DG respectifs du Laboratoire National de Santé Publique(LNSP), de l’Ecole nationale de santé publique (ENSP) Société de Gestion de l’Equipement et de la Maintenance Biomédicale (SOGEMAP), des écoles nationales des enseignants du primaire (ENEP), de l’école nationale des travaux publics (ENTP), du fonds d’entretien routier du Burkina (FERB devenu fonds spécial routier du Burkina- FSRB) et de l’école nationale des régies financières (ENAREF), Société Nationale d’Aménagement des Terrains Urbains (SONATUR), etc.

Ce système qui a l’avantage de promouvoir les compétences et d’amenuiser les risques d’une politisation de l’administration publique est de plus en plus subtilement contourné par des membres du gouvernement pour des nominations partisanes d’amis et de parents.
L’on a assisté à des recrutements controversés, notamment à la CAMEG, et à des nominations de récompenses, notamment à l’école nationale de santé publique.

III. LA GOUVERNANCE LOCALE
De mémoire d’hommes, notre pays n’avais jamais connu d’élections municipales empreintes d’une aussi grande violence comme celles de mai 2016. L’essentiel de ces violences provenaient du reste des conflits entre candidats du MPP.
Après les épisodes de violences, ce sont les Conseils municipaux qui sont traversées presque tous les jours par des querelles intestines. C’est le cas à l’arrondissement 3 de Ouagadougou, à Saponé, Gourcy,…, pour ne citer que ces exécutifs locaux. Partout, la main du MPP est présente.
Concernant le mécanisme de financement du développement local, il n’y a que des initiatives timides. Nous assistons ici à un classicisme. Aucune roue n’a été inventée ou ne peut être inventée avec le mauvais attelage du PNDES avec les éventuels plans de développent local. Ce sont non seulement les mêmes mécanismes qui sont prévus, mais ils le sont de manière déconcertante au point de laisser les collectivités locales à leur propre sort, or elles constituent, selon les concepteurs du PNDES, le deuxième acteur déterminant dans sa mise en œuvre.
Dans la partie nord du pays, les autorités actuelles ont lancé officiellement le 4 août 2017 à Tongomaël (SOUM), à grand renfort de publicité le ‘’PROGRAMME D’URGENCE POUR LE SAHEL BURKINABE’’ (PUS-BF) d’un cout de 455 milliards de F CFA pour une durée de trois ans. Ce programme se veut une réponse multisectorielle du gouvernement face à la vulnérabilité économique et sociale des populations et à la dégradation de la situation sécuritaire dans la région du Sahel. Toutefois, le bilan d’exécution partielle dudit programme présenté en octobre 2017, n’est pas reluisant. En effet, en fin 2017, sur 199 marchés publics prévus d’un coût de 77,8 milliards de FCFA, 17% sont entièrement exécutés, 51% sont en cours d’exécution avancée et 32% n’ont pas connu de démarrage pour diverses raisons. En vérité le programme est d’un mauvais attelage financier et a du mal à accrocher des partenaires au développement.
Les spécialistes des questions de décentralisation mettent l’accent sur la coopération décentralisée comme un outil pour coopter des partenaires notamment venant du Nord. Malheureusement le pouvoir MPP a phagocyté cette coopération. On peut noter que pratiquement aucun comité de jumelage ne fonctionne en ce moment. Lorsque l’on fait un retour en arrière de quelques années, on note un grand déclin sur ce registre.
Par ailleurs, les quelques initiatives individuelles que tentent de mener certaines bonnes volontés, sont vouées à l’échec du fait que ces personnes ne trouvent pas d’interlocuteurs.

IV. LA GOUVERNANCE DU DEVELOPPEMENT
L’agriculture
Le Président candidat dresse son bilan à mi parcours alors que le pays traverse une grave famine. Des populations entieres meurent de faim parce que la saison a été mauvaise. 22 provinces sur 45. C’est le prix que nous payons de l’action d’un gouvernement qui n’a pas de politique agricole.
Récemment encore les travailleurs du ministère de l’agriculture se sont émus du pilotage à vue et de la gabégie qui régnent chez eux.
Un gouvernement qui échoue sur le front de notre agriculture a définitivement échoué.
L’accès des Burkinabè aux services d’infrastructure tels que l’électricité, l’eau potable, l’assainissement, l’éducation, la santé, les télécommunications notamment demeure très faible. Or, une plus grande disponibilité de ces infrastructures peut accélérer la croissance économique. Les Partenariats Public – Privé (PPP), financements innovants, ficelés en toute transparence et avec rigueur, constituraient une opportunité.
Le Gouvernement du MPP a justifié son forcing à l’occasion de la session extraordinaire de juillet 2017, en justifiant sa fameuse loi d’allègement par le fait que les règles de transparence et de gestion rigoureuse fixées par la loi n°020-2013/AN du 23 mai 2013 , ont abouti à des procédures trop complexes et trop longues pour lui permettre d’exécuter efficacement les projets qu’il souhaite mettre en œuvre. Or, ces règles ont leur justification qui est d’assurer, au bout du compte, la préservation des intérêts de l’Etat burkinabè et de favoriser une gestion vertueuse de ses ressources.
De toute l’expérience de gestion publique du Burkina, on n’a jamais vu un programme de dérogation aux règles de passation des marchés de l’ampleur de celui qui est prévu par ce projet de loi. Il porte sur près de 38 projets. De l’aveu même du Gouvernement, le coût global des investissements concernés serait de près de mille sept cent quatre-vingt(1780) milliards à sept mille (7000) milliards de francs CFA.
L’application de la loi de dérogation en elle-même, soulevait bien de questions sérieuses à savoir :
– La liste des projets qui bénéficieront de ce régime dérogatoire semble devoir être fixée par le Conseil des ministres de manière évolutive, au gré de l’inspiration des ministères.
– Pour qui connaît le délai de maturation des projets d’investissement, qui peut penser sérieusement qu’au bout d’un délai de six mois (qui est celui du régime d’allègement) les contrats de PPP identifiés auront été conclus et leur exécution engagée. De toute évidence, on s’oriente vers une ou plusieurs prolongations de ce système, avec le risque que ce qui est l’exception aujourd’hui, finisse par devenir la règle par la suite.
C’est donc de manière cinglante que toute l’opposition politique parlementaire, en votant non la loi d’allègement, a refusé d’être associée à cette gestion de l’improvisation, au pillage organisé des ressources publiques. Le Gouvernement avait requis six mois qui sont largement épuisés. Les burkinabè attendent toujours le bilan de cette opération..
Mesdames et Messieurs,
L’ensemble des investissements réalisés entre 2010 et 2015 dans le domaine des routes a permis de faire passer le linéaire de routes bitumées de 3.000 km à 4.900 km, soit un accroissement de 63% contrairement aux récentes déclarations honteuses du Ministre des Infrastructures ,alors même qu’une majeure partie de son programme de construction des routes bitumées est constitué de legs de l’ancien régime. L’on peut citer comme preuve :
– la construction et le bitumage de la route Dédougou – Tougan (91 km) ;
– la construction et le bitumage de la route Didyr-Toma
– la construction et le bitumage de la route Kongoussi – Djibo (96 km) ;
– la construction et le bitumage de la route Koupèla-Bitou
– la construction et le bitumage de la route Diapaga-Kantchari
– les études de faisabilité du projet de l’autoroute Ouagadougou – Yamoussoukro dans sa section Ouagadougou – Bobo-Dioulasso ;
– la réalisation de l’échangeur du nord aux intersections de la RN22 et de la RN02 ;
– le bitumage de la voie de délestage et des voies de déviation de l’échangeur du Nord (environ 10 km).
Autant d’infrastructures structurantes qu’on n’hésitera pas à verser pompeusement dans les réalisations du PNDES dont on attend toujours le premier projet structurant. Heureusement que l’administration, c’est la continuité !
Concernant l’énergie, il faut noter qu’à la fin 2015, plus de 600 localités ont été électrifiées, faisant ainsi passer le taux d’électrification national de 13,56 % en 2010 à 18%, cachant toutefois d’importantes disparités entre les centres urbains ou il est établi à 56% et le milieu rural ou li n’a atteint qu’à peine 2%. En deux ans et demi de gestion du pouvoir d’Etat,le MPP et ses alliés n’ont frémi que d’un point de pourcentage pour s’établir à 19% en 2017. A cette allure, malgré les mesures irréalistes envisagées par le gouvernement Paul Kaba THIEBA telles que l’installation de producteurs indépendants d’électricité sur l’ensemble du territoire national et la prise en compte des dispositions communautaires prévues dans le cadre de la construction du marché sous-régional de l’électricité qui ne connait pas d’amorce véritable, le taux d’électrification n’atteindra guère 22%. Aussi, par quel miracle connaitrons-nous zéro délestage en 2019 ?
Dans le domaine des télécommunications , l’enrichissement fort appréciable de l’offre d’accès à la téléphonie mobile et à l’internet a été possible grâce au lancement de la téléphonie mobile de troisième génération (3G) en 2013, mais malheureusement, ces efforts semblent être contrariés par la mauvaise qualité du réseau de téléphonie mobile et d’Internet occasionnant ainsi des désagréments pour les usagers et constituant un sérieux handicap à l’environnement des affaires et un frein au développement. L’on espérait l’avènement d’un quatrième opérateur électronique quand, c’est plutôt au rachat de la compagnie Airtel auquel l’on a assisté en 2017 avec toutes les opérations de charme qui entourent de tels évènements (promesses de maintien du personnel et d’investissements massifs). Le comble, ce fut la décision du Gouvernement de vendre à Maroc Télécom, une partie des actions que l’Etat détenait dans la société ONATEL SA, société dans laquelle Maroc Télécom est déjà l’actionnaire majoritaire. Le volume des actions cédées équivaut à 10% du capital de la société. Nous avons ainsi assisté à une fuite de responsabilité du Gouvernement du MPP qui, au lieu de veiller à ce que les intérêts de l’Etat burkinabè soient préservés, a préféré se désengager en vendant 10% de ses actions à cette même société qui n’aurait pas respecté ses engagements. !
Dans les secteurs de l’Eau et à l’Assainissement, l’intensification de la mise en œuvre des différentes reformes définies par le programme national d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement (PN-AEPA) en vue d’en améliorer l’accès aux populations, a produit des résultats fort appréciables. En effet, en 2015, plus de 5.000 points d’eau modernes (forages et puits modernes) et près de 800 bornes fontaines ont été réalisés. Le réseau national en milieu urbain s’est allongé donnant la possibilité de desservir plus de 2 millions de personnes additionnelles. En conséquence le taux d’accès à l’eau potable en milieu rural a atteint 67% et 87%. Au plan national le taux d’accès est de 67% et cache bien des disparités au niveau régional. En matière de disponibilité en eau potable le Burkina Faso a reçu la reconnaissance des Nations Unies dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). A la date du 13 juillet 2017, sur 27 projets et programmes du Ministère de l’eau et de l’assainissement, 5 projets ont été déclarés en démarrage, 17 en exécution et 3 en clôture. Malgré tout, en deux ans et demi, le Gouvernement MPP prétend avoir réalisé plus de 2000 forages dont la cartographie demeure difficile à établir.
Dans le secteur de l’éducation,

D’importants efforts ont été consentis pour accroitre le niveau de scolarisation au niveau du primaire, Il est ressorti qu’en 2016, le taux brut de scolarisation était de 86,1 % pour le primaire contre 34,2% pour le secondaire. En 2017 ces indicateurs ont du s’améliorer de deux points chacun compte de la réalisation de nouvelles infrastructures scolaires même s’il est difficile d’en soustraire celles construites par le programme d’urgence de la transition (PSUT) afin de relever les mérites dudit programme. En termes de rendement du système, le taux d’achèvement au primaire n’excède guère 58 % et de 10% au secondaire. Quant au taux de transition entre le primaire et le post-primaire, il s’établit à 66%. L’enseignement technique et professionnel demeure encore le maillon faible du système, alors même que ce type de formation constitue un atout et un gage pour accéder assez rapidement à l’emploi grâce à des cycles court de formation.
Pourtant, la commission d’enquête parlementaire sur le système éducatif de novembre 2017, a dénombré 5 331 salles de classe sous abris précaires en 2015/2016 contre 4 886 en 2014/2015. C’est dire qu’en dépit des efforts que déploie l’Etat pour les résorber, il s’en crée d’année en année. Sur la qualité et les performances du système, elles se sont fortement dégradées. Le taux de réussite national au certificat d’étude primaire est passé de 72,7% en 2008/2009 à 62,1% en 2015/2016 . Le niveau d’échec à l’examen du BEPC est relativement élevé. Seulement 33% des candidats sont admis à chaque session. Le taux de succès au baccalauréat serait de l’ordre de 35%.
Dans le domaine de la santé, le MPP promettait de doter chaque commune d’une ambulance, de transformer tous les Centres hospitaliers régionaux en Centres hospitaliers universitaires, d’améliorer les plateaux techniques de ces hôpitaux et d’y affecter des spécialistes. Les soins seraient gratuits pour les enfants de 0 à 5 ans, pour les femmes dans la lutte contre les cancers, les premiers soins le seraient pour les accidentés. Il prévoyait aussi, pour prévenir les maladies, de recruter au moins deux personnes par village pour sensibiliser les populations sur les techniques de prévention contre les maladies.
Toutefois selon une autre enquête parlementaire réalisée en juillet 2017, la gratuité des soins des enfants de zéro à cinq ans et des femmes enceintes tant agitées par les autorités en place n’est pas effective.

L’assurance santé universelle démarre aussi dans un flou total. Il apparait notamment que le Gouvernement veut reverser sur l’Assurance santé, la gratuité des soins pour enfants et les femmes enceintes.
Mesdames et Messieurs,
La problématique de l’habitat et du logement et la gestion du foncier posent problème.
Dès sa prise de fonction le régime MPP a fait miroiter aux Burkinabè ses capacités à réaliser en mode Partenariat-public-privé (PPP), un programme de 40 000 logements. Des souscriptions ont été faites et des tirages opérés courant 2017 soulevant naturellement un certain enthousiasme. Le lancement dudit programme est intervenu officiellement à Koubri le 03 juillet 2017, avec la pose de la première pierre. Depuis, le Gouvernement semble être tombé dans un mutisme affligeant. Les Burkinabè veulent aujourd’hui des assurances sur les éventuels partenaires financiers, les localités retenues, les dates de démarrage effectif des travaux et des premières livraisons.
Les sorties du ministre de l’habitat ne rassurent pas. Encore que ce dernier entretient un flou artistique sur la manière dont il entend gérer la question des non-lotis et sur la question du passif foncier.
Le foncier urbain reste de ce fait confronté à d’énormes difficultés. Ces difficultés tiennent, entre autres, à la spéculation foncière ; à l’étalement urbain du fait de la prolifération des lotissements et du développement de l’habitat spontané. Cela fait belle lurette que les lotissements ont été suspendus pendant que des entreprises immobilières exproprient et s’accaparent de grands domaines avec la complicité bien connue d’autorités locales. Cette situation a commencé à exaspérer des populations qui ont manifesté dans certaines localités. Mais en vérité l’élaboration d’une politique cohérente des villes devrait être la préoccupation du gouvernement, car sans elle, le régime dualiste actuel de la gestion de la terre continuera devient une véritable menace pour la politique globale de développement du pays
Mesdames et Messieurs,

Après sa promesse démagogique de créer 50.000 emplois par an sans en préciser la nature, le Président-candidat n’a pris aucune mesure pour que son volontarisme soit traduit en des objectifs explicites dans les politiques sectorielles de son gouvernement qu’on attend toujours du reste.
Le pouvoir MPP au lieu d’être une solution à travers ses différentes politiques sectorielles, est resté comme tétanisé par les enjeux que cette frange de notre population nous renvoie à nous tous. Pire, cette année le MPP a réduit de 40 pourcent les postes à pourvoir dans la fonction publique.
A mi-mandat, du MPP et de ses thuriféraires, les choses se sont empirées, notamment entre 2016 et 2017. Le gouvernement a cherché à divertir les jeunes et les femmes par des actions de saupoudrage à travers la mise en œuvre d’un Programme d’autonomisation économique des jeunes et des femmes à hauteur de 16,500 milliards de F CFA. Ce programme devrait permettre le financement de 30 000 microprojets, la création de 90 000 emplois directs et plus de 100 000 emplois indirects. Les conditions d’accès à ce financement à des taux d’intérêt exceptionnels, préconisaient des montants variables : 100 000 F CFA à 1 000 000 de F CFA pour les promoteurs et promotrices de très petites entreprises (TPE) ; 1 000 000 à 1 500 000 F CFA pour les jeunes titulaires d’un diplôme post Bac. Les taux d’intérêt applicables sont de 0% pour les personnes vivant avec un handicap ; 1% pour les femmes et les jeunes et 2% pour les titulaires d’un diplôme post Bac. Malgré l’engouement suscité, il a été difficile de satisfaire tous les porteurs de projets.
Au-delà de cette initiative, les leviers traditionnels de lutte contre le chômage des jeunes ont été mis à contributions, mais de manière maladroite, inconséquente, irresponsable et sans imagination. Deux pistes de sorties sont proposées aux jeunes : soit l’auto-emploi, soit le salariat.
Dans le premier cas, c’est-à-dire l’auto-emploi, ce sont les différents fonds qui ont été sollicités au profit des jeunes promoteurs. A voir le nombre de jeunes qui ont pu effectivement avoir accès aux crédits, les montants qui leur sont accordés et les conditions de remboursement, on est tenté de s’interroger sur la viabilité de ces mesures et sur leurs impacts sur la réduction du chômage et des maux de notre jeunesse. En effet, peu de jeunes, au regard des demandes très élevés (environ 2 000 000 de demandes de financement ont été reçues) ont bénéficié des crédits proposés. Par ailleurs, les montants octroyés (400 000 FCFA en moyenne) ne sont pas de nature à créer cette dynamique souhaitable pour nos jeunes. Comme diraient les jeunes, ce montant est du menu fretin et il n’est pas étonnant que les projets n’aboutissent pas.
Sur la nature des fonds, on peut noter qu’il n’y a eu aucune initiative tendant à reformuler leurs interventions et leurs conditions. Ce sont les mêmes fonds qui ont été créés depuis plusieurs années qui sont encore en place sans que le pouvoir MPP ne daigne les adapter à la réalité de notre jeunesse, d’où un manque d’imagination très criard de nos dirigeants du moment.
Par ailleurs, il faut noter que les demandes et propositions des jeunes quant aux conditions idoines pour favoriser l’auto-emploi ne sont pas les préoccupations du pouvoir MPP. En effet, lors des nombreux foras comme savent les organiser les tenants actuels du pouvoir, les jeunes demandent par exemple une fiscalité plus incitative à la création d’entreprises ou un accompagnement plus responsable de leurs initiatives.

Le nouveau code général des impôts adopté par l’Assemblée nationale, que nos dirigeants présentent comme un code révolutionnaire, ne donne aucun signe dans ce sens. Les défiscalisations de certains produits et consommables ne sont pas à l’ordre du jour. Il n’y a aucune différence entre un jeune promoteur et tout autre promoteur. Le numérique qui est présenté comme une niche d’emploi, est insuffisamment accompagné, aussi bien sur le plan financier que sur le plan technique, malgré la campagne dite des « start-up » et dont il convient de faire un premier bilan. Certains de nos jeunes sont obligés de s’expatrier pour mettre en œuvre leurs découvertes. Il en est ainsi du concepteur du « E-civil » récemment présenté au Niger par une radio internationale, preuve de l’inconséquence de nos responsables.
Mieux ou pire, les jeunes qui font les efforts nécessaires pour « monter » leurs affaires, sont insuffisamment accompagnés. Ainsi, l’idée maint fois affirmée dans la loi sur les PME et qui réserve des parts de marchés aux PME n’est pas à l’ordre du jour dans l’agenda de nos responsables du pouvoir MPP. En effet, pour booster l’auto-emploi des jeunes, il a été préconisé, depuis la Transition, à travers les travaux de la Commission sur les réformes, de réserver une partie des marchés publics, aux nouvelles entreprises et principalement aux jeunes. Sur ce point, le pouvoir MPP, encore préoccupé par la satisfaction de ses financiers et ses amis, préfère ne pas mettre en œuvre cette recommandation.
L’autre solution sur laquelle s’appuie le pouvoir MPP est le salariat. Sur ce point, nos dirigeants souffrent du manque d’inspiration à proposer des solutions innovantes. Le principal employeur qui est l’Etat est le plus sollicité, comme toujours. Depuis plusieurs années, le nombre de postes à pourvoir n’a pas varié(Il a même diminué de 40 pourcent cette année), alors que les demandes vont en grandissant du fait des nombreux jeunes formés par les écoles, universités et instituts de formation. Ce fait n’est assurément pas de nature à mettre un terme à la montée inexorable du chômage de nos jeunes.
En somme, l’auto-emploi comme solution à la lutte contre le chômage de nos jeunes est un leurre que le pouvoir MPP brandit du fait essentiellement du manque d’imagination. Ce même MPP réduit les postes dans la fonction publique, comme pour pousser la jeunesse à sn dernier retranchement.

V. LA GOUVERNANCE SOCIALE
Entre 2016 et 2018, des domaines stratégiques et vitaux de l’administration publique ont connu d’importantes crises. Il s’agit des Ministères de l’économie, de la santé (CAMEG), de l’éducation nationale, de l’économie et des finances, de l’enseignement, de l’information, de l’Administration territoriale et de la décentration, de la sécurité, de la culture, de la solidarité nationale, de l’environnement, des infrastructures. Au total, 39 grèves ont été déclenchées en 2016 ; L’année 2017 s’est achevée avec un record jamais égalé de grèves et sit-in : 233 jours non travaillés tous syndicats confondus ! 2018, comptabilise tristement ses grèves. Ce sont des manques à gagner importants pour notre fragile économie que ces mouvements d’humeur contre la mal gouvernance du régime actuel, occasionnent.
Le gouvernement doit fermement se rendre à l’évidence qu’il est à la fin de l’apprentissage du dialogue social.
La solution ne se trouve nullement dans la création de syndicats fantoches, comme il nous a été donné de voir dans la crise du MINEFID. Aussi, nous l’avions souligné, la question de rémunération des salaires se discute entre l’Etat/employeur et les fonctionnaires/employés. Le fait de convoquer une conférence illégitime pour en discuter relève d’une fuite de responsabilité personnel du Président-candidat et de son gouvernement. Heureusement que dans son interview du 24 juin, le Président-candidat est revenu à de meilleurs sentiments en invitant les syndicalistes au dialogue. Et, comme par magie, le MPP qui avait applaudi à tout rompre cette fameuse conférence, est revenue critiquer les conclusions de manière acerbe.
Mesdames et Messieurs,
Telle est la lecture survolée que l’Opposition politique fait de ces deux ans et demi du mandat du Président-candidat Roch marc Christian Kaboré.
Elle est documentée et chiffrée, toute chose qui traduit le sérieux avec lequel l’opposition s’adonne à cet exercice.
Comme vous le constatez, le Président–candidat et les burkinabé ne semblent pas vivre dans le même pays.
L’autosatisfaction béate que l’on entend dans sa bouche lorsqu’il parle de son bilan, n’a rien à voir avec ce que vivent les burkinabé.
De ces souffrances et des cris de douleur qui s’élèvent ici et là, le MPP n’en a cure. Ce qui le préoccupe, ce sont les élections à venir, parce qu’il est convaincu, qu’avec le trésor de guerre qu’il s’est constitué à travers les marchés gré à gré des PPP, il peut acheter sa victoire.
Le MPP répète à qui veut l’entendre que les burkinabé parlent ; mais quand eux ils vont sortir l’argent, les mêmes qui se plaignent vont encore venir voter pour eux.
Les Burkinabè ont bien entendu.
Je vous remercie.

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