CHRONIQUE DE BERNARD KABORE : Education des filles!

"Décidément il y a de ces pesanteurs sociales qui ont la peau dure et dont la société burkinabè a du mal à se débarrasser ; sont de celles-là la scolarisation des filles. Il m’arrive de me poser la question de savoir comment se fait-il que près de soixante ans après l’indépendance, nous en sommes encore à nous interroger, à douter sur la nécessité ou non d’envoyer une fille à l’école ?"

Dans la réalité que se passe-t-il de nos jours? Mis à part, hélas la grande masse des burkinabè qui continuent à penser qu’une fille ce n’est pas fait pour des études, qu’est- ce qu’on constate ?
On veut bien envoyer sa fille à l’école mais en même temps, le soir venu, pas question de lui permettre de se consacrer à ses devoirs de maison, comme son frère garçon ; elle ne le fera qu’après avoir aidé sa mère à effectuer les travaux domestiques.
On veut bien envoyer sa fille à l’école mais dès qu’on éprouve quelques difficultés à s’acquitter des frais de scolarité de ses enfants, c’est la fille qu’on sacrifie automatiquement même si ses notes de classe sont meilleures à celles du garçon.
On n’est pas peu fier quand sa chère fille ramène des bonnes notes du lycée mais dès qu’elle obtient le bepc ou le bac on estime, sans lui demander son avis, qu’il est temps pour elle d’arrêter, de se chercher du travail, de se trouver un mari et de faire des enfants.
C’est vrai que les salles des classes de nos lycées et collèges st remplies de filles mais en dehors de l’action de certaines associations et ONG, il reste beaucoup d’efforts à faire pour aider les adolescentes à ne pas tomber dans le piège fatal des grossesses ou à les accompagner de telle manière à ce qu’elle n’arrêtent pas les études même devenues prématurément filles mères .
Et pourtant ! Pourtant ! Autour de nous que d’exemples qui devraient inspirer tout parent à vouloir accompagner sa fille sur le long chemin de l’acquisition du savoir !
Prenons comme ça au hasard le cas de cette femme qui assume aujourd’hui la fonction de grande argentière du Faso ; on peut tout lui reprocher mais quand on écoute Mme Rosine Sory Coulibaly parler éco et finances, on est bien obligé de reconnaître que cette femme la maîtrise sa matière. Et elle n’est pas la première à ce poste ; on pourrait citer les noms de ( non moins célèbres devancières) ses devancières comme ceux de Mme Bintou Sanogo dans les années 90 ou celui de Adèle Congo Kaboré qui fut ministre du Budget pendant les années de la révolution ; tenir les cordons de la bourse du pays aux côtés d’un homme comme Thomas Sankara , on imagine aisément que ce ne fut pas une mission de tout repos !mission qu’elle a pourtant su assumer avec compétence dans la discrétion.
et je pourrais citer (même revenir) sur des chroniques et des chroniques entières (sur) la longue liste de femmes qui, dans d’autres domaines, sont ou ont été des preuves éclatantes que tout parent a tout intérêt à envoyer sa fille à l’école.
Seulement voilà : si on se penche sur les statistiques, pour la fierté burkinabè, elles sont impitoyables dans leur froideur : une population majoritairement féminine, c’est vrai, mais coté présence des femmes dans les instances décisionnels, pas de quoi pavoiser : contrairement à des pays comme le Rwanda ou l’assemblée nationale est majoritairement féminine ou, plus près de nous, le Sénégal ou un coup d’œil sur l’hémicycle laisse voir une image pour ainsi dire constellée de foulards, au Burkina, nous avons de la peine à franchir la barre de la dizaine de députés femmes sur la centaine d’élus ; de même, les photos de famille des différents gouvernements n’ont jamais compté guère plus de quatre ou cinq femmes ;
Tout comme il n’y a jamais eu plus d’une vingtaine de femmes maires sur plus de 200. Sans oublier que jusqu’à présent notre pays n’a jamais eu de femme 1er ministre, certainement pas par faute de compétences.
C’est dire que dans le domaine de la promotion du genre qui commence par ce 1er pas qu’est l’envoi et le maintien de nos filles à l’école, en dépit de tout ce qui a déjà fait et qui se fait, en dépit du tapage médiatique que nous sommes habitués à faire sur toute initiative, notre pays mérite cette appréciation : peut et doit mieux faire.
Pour tout dire, je me demande bien comment et sur quel ton faut –il répéter et rappeler cet adage pourtant connu de tous qui dit éduquer une fille c’est éduquer toute une nation ?

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