CHRONIQUE DE BERNARD KABORE DU 7/11/2018

"Qui saura, qui pourra faire comprendre aux hommes de pouvoir que tuer un journaliste n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais une solution !"

Le 2 novembre décrétée par les nations unies journée internationale de la fin de l’impunité des crimes contre les professionnels de la presse. De mon avis, rien de plus qu’une belle décision juste bonne pour le moral ! La preuve : depuis le début de cette année, 62 journalistes ont été assassinés par ci par là dans le monde, sans qu’aucun coupable n’ait été confondu, aucun assassin, arrêté, jugé et condamné. Le massacre peut donc continuer.
Un exemple : entre l’assassinat de Norbert Zongo chez nous et le récent assassinat de Kashogui ce journaliste saoudien récemment éliminé en Turquie, mis à part le décalage temporel et les milliers de kilomètres qui séparent les deux pays, que de similitudes !
Ici à Ouaga tout s’est passé en 1998 au moment où tout semblait aller pour le mieux pour le pouvoir de Blaise Compaoré avec qui toute la sous-région s’efforçait d’entretenir de bonnes relations; la bas à Ryad, les évènements se déroulent cette année alors que le prince héritier Salman a le vent en poupe fortement applaudi par ses amis occidentaux bénéficiaires de contrats d’armements dont les montants comportent généralement un nombre impressionnant de zéros, en milliards de dollars SVP.
ici à Ouaga, la société civile, en 1998, qui n’était à ses débuts tout comme le presse burkinabè de l’époque n’étaient pas vraiment d’envergure à troubler le sommeil du pouvoir ; à une exception près : Norbert Zongo et son journal l’indépendant qui, semaine après semaine, ne se gênait pas de critiquer, encore et encore ; la bas à Ryad, avec une société civile et une presse presqu ’inaudible, y a pas de quoi inquiéter l’homme fort du royaume. Si quand même : seul caillou dans la chaussure du prince héritier : un certain kashogui, journaliste installé en occident, qui n’avait de cesse de critiquer la gestion de son pays, dans des colonnes de journaux célèbres comme le Washington post, excusez du peu ! Ici à ouaga et en 1998, j’imagine donc qu’il s’est trouvé des partisans zélés de Blaise Compaoré qui décidèrent de briser la plume du décidément ingérable Norbert Zongo ; d’où l’horreur de ce fameux 13 décembre.

La bas à Ryad j’imagine également que ce sont des partisans non moins zélés du prince qui ont décidé de faire taire cette plume rebelle; deux jets privés décollent donc de bon matin de Ryad ; destination : Ankara ; à leur bord : une douzaine de « terminators » ; mission : en finir avec le rebelle ; mission impitoyablement accomplie avec démembrement du corps de la victime et sa dissolution dans de l’acide pour effacer tout trace.
Ces crimes dont on se demande lequel est le plus horrible, ont –ils résolu les problèmes de leurs auteurs ? Surement pas. Tout au contraire : en Arabie saoudite, c’est bien la première fois que le prince héritier se trouve dans un tel embarras puisque même ses amis occidentaux, la maison blanche en tête ne cessent de réclamer vérité et justice.
Au Burkina, l’affaire Norbert Zongo demeure un dossier pendant dont l’opinion attend impatiemment le procès ; et puis, depuis la disparition de fondateur de l’indépendant, combien de dizaines et de dizaines de jeunes se sont lancés dans ce métier ? Combien de titres de la presse, écrite et en ligne, paraissent tous les jours ? Combien de radio et de télé émettent en continu ? Autant d’espace de liberté ou la critique, chose pour laquelle Norbert a été supplicié, est désormais quotidienne, virulente, décomplexée.
Seulement voilà : le plus dur c’est de faire comprendre aux hommes de pouvoir que si on peut tuer le messager, on ne peut pas tuer son message ; et ça ce n’est pas évident. Ce qui est dommage pour notre époque, quelle époque !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *