BURKINA : L’APMP analyse la situation nationale

"L’Alliance des partis et formations politiques de la Majorité Présidentielle (APMP) a animé une conférence de presse ce lundi 29 avril 2019 pour décrypter l'actualité du pays. Au menu des échanges, quatre (4) points essentiels, il s’agit : du dialogue politique annoncé ; des récentes mesures gouvernementales visant à mettre fin au mouvement des agents des finances ; des rumeurs faisant état de négociations au sommet de l’Etat avec des djihadistes ; enfin des attitudes et réactions des acteurs politiques. Nous vous proposons la déclaration liminaire lue au cours de la conférence."

1°) – DU DIALOGUE POLITIQUEL’APMP, tout comme le CFOP, a eu l’honneur d’être reçu par le Président du Faso (c’était le 04 avril dernier), qui lui a annoncé son intention d’organiser des échanges avec la classe politique autour des préoccupations centrales du moment. Les objectifs visés par le Chef de l’Etat étaient de promouvoir le consensus le plus large possible autour de certaines questions d’ordre politique comme celles ayant trait aux prochaines consultations électorales et de susciter l’union sacrée des acteurs politiques et de la nation toute entière face aux défis sécuritaires et sociaux.
En prenant l’initiative de ce dialogue, le Président Roch Marc Christian KABORE ne fait qu’exercer les prérogatives que lui confère la constitution notamment en son article 36 qui stipule que le Président du Faso « incarne et assure l’unité nationale. Il est garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l’Etat …»
La loi n° 009-2009/AN du 14 avril 2009 portant statut de l’opposition politique précise par ailleurs que « le Président du Faso et le Chef du Gouvernement peuvent consulter l’Opposition sur des questions d’intérêt national ou de politique étrangère » (article 10 de ladite loi).
En revanche, l’article 13 de cette même loi mentionne qu’il est du devoir de l’Opposition et de la Majorité de promouvoir la concertation directe dans le cadre d’un dialogue politique sur les questions d’intérêt national.

A travers ces rappels juridiques, il se révèle que le dialogue politique est bien encadré au Burkina Faso, qu’il peut s’exercer à tout moment si le Président du Faso le juge nécessaire, et qu’il doit s’exercer sans conditions, dans l’intérêt bien compris de la nation.
C’est donc avec beaucoup de surprise que nous avons, par voie de presse, appris que nos protagonistes d’en face évoquent des préalables à ce dialogue.
Que l’Opposition regroupée au sein du CFOP ou la Majorité fasse des recommandations au Chef de l’Etat sur des points à inscrire, ou sur des modalités d’organisation ou de mise en œuvre des concertations, cela nous parait tout à fait normal.
Le Président du Faso lui-même en a ouvert le champ et d’ailleurs nous-même Majorité lui avons fait connaitre nos suggestions par écrit. Par contre, ce jeu de préalable du CFOP nous laisse interrogatif sur sa réelle volonté de participer à la discussion si celle-ci ne devrait pas lui servir d’occasion à une agitation politicienne.
Au demeurant, l’APMP faisant le constat qu’il n’existe au Burkina Faso aucune crise politique ou institutionnelle susceptible de provoquer la tenue d’instances souveraines ad-hoc, estime qu’il faut tenir ce dialogue politique dans les conditions du débat républicain normal, tel que prescrit par la loi fondamentale et les lois en vigueur.

2°) – DES MESURES DE SORTIE DE CRISE AVEC LES AGENTS DU MINEFID ET LA QUESTION DE LA FRONDE SOCIALE

L’APMP déplore encore une fois le comportement des agents du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement qui se sont livrés à un mouvement illégal sur plus de trois mois, empêchant les citoyens de s’acquitter de leurs obligations fiscales et bloquant toutes les opérations budgétaires et financières de l’Etat, y compris la mise en uvre du PNDES.
Face à cette situation dramatique, et au regard de l’ampleur du mouvement, le Gouvernement a été contraint, pour sauver la nation d’un naufrage programmé, d’engager des négociations avec les syndicats de ce ministère, lesquelles ont abouti à un protocole d’entente qui a permis de mettre fin à ce mouvement. L’APMP note avec satisfaction que les mesures prises s’inscrivent dans la légalité, en respectant les dispositions de la loi des finances 2019, notamment en ses articles 92, 93 et 94. L’APMP constate également que même si des avantages ont été concédés, leur incidence globale reste maîtrisée, en faisant passer des plus de 55 milliards du précédent fonds commun à un peu moins de 20 milliards de F CFA.
C’est donc avec beaucoup de peine que l’APMP constate les réactions radicalistes d’autres acteurs sociaux et d’une frange de l’opinion, enclins à ouvrir de nouveaux fronts d’agitation sur la base de comparaisons mécaniques et d’une insuffisante analyse de la situation. Le souci de justice sociale et d’équité dans les traitements des agents de l’Etat a été largement pris en compte par la conférence tenue en 2018 sur ce sujet et dont les conclusions continuent d’être mises en uvre.
Pour nous, l’accord passé avec les agents du MINEFID ne remet pas en cause lesdites conclusions mais vise justement, à lever des obstacles dressés par ces agents à l’application sereine des nouvelles dispositions. La décision prise par le Gouvernement étant une mesure d’accompagnement en faveur des agents des finances limitée dans le temps, elle devrait permettre à son terme de retomber sur l’application radicale de ces nouvelles modalités de rémunération des agents de l’Etat. Il devrait en être de même des statuts autonomes et de toutes autres formes de rémunération qui génèrent l’iniquité.
Au regard de tous ces éléments d’appréciation, l’APMP lance un appel pressant au calme à l’ensemble des travailleurs de l’Etat, en particulier à leurs organisations syndicales, et les invite à faire preuve d’objectivité en renonçant aux prétentions exagérément corporatrices et égoïstes. La prise en otage intempestive de l’économie nationale, des années scolaires ou de la santé des populations, ou encore de la justice, pour des motifs catégoriels est inadmissible, et aucun pays du monde ne peut évoluer positivement dans ces conditions.

3°) – DES NEGOCIATIONS SUPPOSEES AVEC DES DJIHADISTES

Nous n’aurions pas voulu évoquer cette question qui relève de la rumeur, si certains leaders politiques n’en avaient pas fait leur fond de commerce de la semaine.
Un journal d’une certaine renommée a diffusé un article faisant état de contact entre les présidents burkinabè et malien et des personnalités officiellement connues (dont un député malien) à l’effet d’obtenir d’elles une intermédiation avec des leaders djihadistes.
De la lecture de cet article et des différentes réactions, nous faisons quatre observations essentielles :
Premièrement, le journal cité ne dit point qu’il y a eu négociation avec des djihadistes, mais d’échanges avec de possibles intermédiaires ;
Deuxièmement, le journal n’apporte pas des détails sur le contenu et le déroulement des supposés échanges et reste très laconique, ce qui ne rassure point sur l’orientation donnée à cette éventuelle rencontre ;
Troisièmement, nous n’avons pas la certitude que ce conciliabule ait vraiment eu lieu, puisque le Gouvernement a démenti ;
Quatrièmement, la vision et la ligne de conduite du Président du Faso ont toujours été la fermeté et le refus catégorique de toute compromission avec les forces du mal. Il l’a encore réaffirmé avec force à travers cette déclaration publique sur une radio étrangère. Ce n’est pas au moment où l’engagement déterminée de nos Forces de Défense et de Sécurité (FDS), avec la bonne collaboration de la population, produit des résultats visibles que le Président du Faso serait enclin à changer de stratégie.
Face à tant d’incertitudes et d’imprécisions sur cette grave accusation, l’APMP exprime sa surprise de voir des leaders de l’Opposition se livrer à une danse de mauvais goût autour de cette affaire. Notre surprise est d’autant plus grande que paradoxalement, les mêmes sont les amis et alliés politiques et stratégiques des militaro-politiciens de l’ancien régime déchu qui ont « dealé » au grand jour en son temps et continuent certainement de « dealer » dans l’ombre avec ces seigneurs de la mort. Cette grave forfaiture a été dévoilée et dénoncée par le Président Roch Marc Christian KABORE lui-même, sur la base de faits précis et indiscutables, mais nous n’avons entendu aucune déclaration des mêmes leaders politiques pour soutenir le Président du Faso dans sa fermeté de ton, ni même pour condamner ces agissements de l’ancien régime, plus préoccupés qu’ils sont, par le retour de leurs « exilés politiques ». Alors, alors, qui veut duper qui ?

4°) – DES REACTIONS DES ACTEURS POLITIQUES

La Majorité présidentielle constate depuis un certain temps une montée d’adrénaline et une fébrilité dans les rangs de l’Opposition, et qui s’illustre par les graves dérives verbales de certains chefs de partis. Nous comprenons bien que les sillons sont tracés vers les échéances de 2020, ce qui rend quelque peu compréhensible leurs réactions.
Cependant, nous, Majorité, voudrions dire qu’il n’est pas bon de plonger trop tôt notre pays dans une agitation politicienne frénétique, au risque d’oublier qu’il fait face à des drames au quotidien nourries par les attaques terroristes contre nos FDS et les populations.
L’APMP invite l’ensemble des acteurs politiques à faire preuve de responsabilité face à un besoin encore plus fort d’unité et de cohésion au plan national.
Pour sa part, l’Alliance des partis de la Majorité Présidentielle reste sereine et engagée dans la lutte au quotidien de notre peuple pour relever ses énormes défis de l’heure, notamment ceux en rapport avec la sécurité et la mise en uvre du plan national de développement économique et social.
Elle appelle l’ensemble des composantes de notre peuple à poursuivre ce dur combat, sans se laisser distraire par les cocoricos de revanchards et autres avides du pouvoir.
L’APMP vous remercie de votre bienveillante attention et se prête volontier aux questions des journalistes.

Ouagadougou, le 29 avril 201

L’APMP

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