ARRESTATIONS SPECTACULAIRES PUIS MISE EN LIBERTÉ PROVISOIRE

"La justice est elle utilisée comme instrument de règlement de compte ?"

Ils sont nombreux ces « illustres » prisonniers qui, depuis 2015, sous la Transition, ont bénéficié de liberté provisoire quelques mois après avoir été placés sous mandat de dépôt. On se rappelle le 29 décembre 2017 le Colonel Auguste Denise BARRY a été interpellé par la Compagnie de Gendarmerie de Ouagadougou, pour des faits de présomption d’atteinte à la sûreté de l’Etat et déféré au Parquet Militaire le mercredi 03 janvier 2018. On lui reprocherait d’être mêlé à une tentative présumée de déstabilisation du pouvoir. En son temps, le ministre de la sécurité avait dit «Vous serez édifiés. Vous allez être servis. Nous sommes au Burkina. Ne vous pressez pas. Attendons. Dans tous les cas, notre pays est un pays de droit. On ne peut plus faire la force à quelqu’un». En attente d’être édifiés sur les actions posées par le colonel Barry, les burkinabè ont plutôt été surpris par la liberté provisoire dont bénéficie ce dernier depuis le 28 août 2018. Deux ans après, où en est-on avec l’enquête sur cette affaire qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive ? Quand serons-nous édifiés ? bien malin qui saura répondre.

Autre fait: l’arrestation spectaculaire de la militante de la société civile Safiatou Lopez, interpellée par les éléments de l’Unité Spéciale d’Intervention de la Gendarmerie nationale (USIGN) le mercredi 29 août 2018, après que celle-ci ait forcé la porte de son domicile. On lui reprocherait une probable implication dans une tentative de faire évader des détenus de la Maison d’arrêt et de Correction des Armées (MACA). Après plusieurs mois de détention et suite à quatre demandes de mise en liberté provisoire pour des raisons de santé, Safiatou Lopez, bénéficie d’une liberté provisoire depuis le 2 janvier 2019. Depuis plus rien n’a été dit sur ce dossier et les interrogations se posent quant à la suite de cette affaire.
Dans le cadre de l‘instruction du dossier sur l’insurrection populaire de 2014 qui a fait 33 morts, L’ancien Premier ministre de Blaise Compaoré, Luc-Adolphe Tiao avait été arrêté et déféré à la Maison d’arrêt de correction de Ouagadougou le vendredi 16 septembre 2016. il est accusé de coups et blessures volontaires, de complicité de coups et blessures involontaires, assassinat et complicité d’assassinat. Apres plus 3 mois d’incarcération, il bénéficie d’une liberté provisoire pour raison de maladie depuis le 25 novembre de la même année.

Apres la chute de régime Compaoré, neuf ministres du dernier gouvernement du pouvoir déchu avaient été mis en accusation à la mi-juillet 2015 par le Conseil national de la transition (CNT). Plusieurs d’entre eux dont Jérôme Bougouma, Jean Bertin Ouédraogo et Arthur Kafando, sont sortis de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) pour raison médicale ou après avoir obtenu une liberté provisoire. Ouvert en mai 2017, le procès de ces derniers va de suspension en suspension et traine toujours entre les mains de la Haute cour de justice.

A cela, on peut ajouter la longue liste de maires élus dont Marin Casimir Ilboudo, Johanni Ouédraogo, Séraphine Ouédraogo, pour ne citer que ces quelques-uns de la ville de Ouagadougou, qui sont tous passés par la case Prison après une arrestation fortement médiatisée et quelques fois spectaculaires, et dont les dossiers en justice semblent aujourd’hui perdus dans les méandres de l’oubliette.
Au regard de toutes ces incarcérations d’éclat, mais sans véritable suite judiciaire, on est bien évidemment tenté de donner raison à ceux qui pensent qu’au Burkina Faso, la justice est malheureusement quelques fois utilisée comme instrument de règlement de compte politique, et souvent économique avec l’exemple de l’affaire Inoussa Kanazoé, du nom de l’opérateur économique, patron de KANIS International, lui aussi en liberté provisoire sans fin.

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